Développement urbain et raisons défensives

Fondée par un acte de paréage le 22 novembre 1284 entre le seigneur du sol, JOURDAIN de l’ISLE et JEAN de GRAILLY, représentant du roi d’Angleterre, VIANNE est l’une des bastides les plus intéressantes, par la régularité de son plan et par la conservation de ses murailles et de ses portes. Ce plan comporte des lots à bâtir, d’égale superficie à l’origine, dont les dimensions sont analogues à celles de MONTAUBAN, soit environ 11,70 mètres de façade sur 23,40 mètres de profondeur (24 rases sur 48, la « rase » étant une unité de mesure médiévale) comme l’indiquent les coutumes de 1287. L’utilisation du triangle de Pythagore semble avoir été employé pour la détermination du lotissement et de la clôture. Sur une surface intérieure d’environ 10 hectares, l’espace n’a pas été entièrement distribué aux premiers habitants et il s’en faut de beaucoup que le village soit entièrement occupé pour l’habitation. Les jardins ont toujours occupé une place importante. La structure générale comporte deux axes, l’un, parallèle à la Baïse et long de près de 575 mètres, l’autre, perpendiculaire au premier, mesure 250 mètres environ. Chacun d’eux est doublé d’une voie parallèle ne débouchant pas sur une porte de la ville. Ces voies sont larges de 7,68 mètres environ et de la moitié pour les voies secondaires.
Jusqu’au XIXe siècle, le développement du village s’est maintenu entre les murailles, l’économie de subsistance étant à peine maintenue dans ce bourg agricole trop souvent malmené par les péripéties des nombreuses guerres dans son histoire. La guerre de SAINT-SARDOS voit les Français causer les premiers dommages en 1326. La guerre de Cent Ans voit les Français reprendre VIANNE aux Anglais en 1337. Puis les Anglais la reprennent en 1340 pour la laisser à nouveau aux Français en 1342 … Au XVIe siècle, ce sont les guerres de religion qui dévastent le pays. Mais le calme revenu n’apporte rien au village qui végète quelque peu, ne présentant sur le plan cadastral de 1837 qu’une centaine de maisons au milieu des jardins. Le chemin de fer vient tangenter les murailles en 1860 et dessert au XXe siècle l’importante verrerie qui s’installe hors les murs en 1927, au sud du quadrilatère remparé, attirant une nombreuse main-d’œuvre étrangère. L’extension, rendue nécessaire par cet apport de population, se fait en symétrie de l’usine, au nord de la bastide, par des lotissements organisés dans la verdure, destinés également à revivifier le commerce local.
La bastide nous parvient aujourd’hui sans que les espaces intérieurs encore libres ne servent à son développement, ce qui rend encore plus insolite et original le particularisme de VIANNE.
L’architecture de la bastide n’offre guère d’exemple intéressant en dehors de quelques maisons du XIXe siècle, l’ensemble des maisons du XIVe, du XVe ou du XVIIIe siècle ayant pratiquement disparu. Aujourd’hui, pour renforcer les activités économiques, une politique de réhabilitation du cadre de vie s’appuyant sur les Métiers d’Art et l’accueil en bastide s’est mise en place. Ainsi commence à se restructurer le commerce de proximité et l’activité artisanale à l’année, donnant ainsi un coup de fouet significatif au développement touristique qui s’enrichit des retombées du tourisme fluvial sur la Baïse et de la présence du moulin, établi depuis quelques siècles, au droit du bief qui engendre aujourd’hui les prémices d’une véritable halte fluviale.
Et ce qui reste un sujet d’étonnement devient un atout touristique qui grandit chaque année, au gré des efforts de la commune : les fortifications sont devenues image identitaire. En fait, la première clôture du village est signalée dans une lettre au Roi Duc du 15 mai 1287. Le site ne se prêtant pas à faire de VIANNE une place forte, ni à la considérer comme position stratégique, ce sont les hostilités franco-anglaises qui rendent indispensables la fortification de la bastide vers 1323-1325.
Cependant, les dispositifs défensifs se présentent selon une conception assez rudimentaire et un modèle assez simple et répétitif. Les portes sont surmontées de tours carrées, les tours sont rondes aux angles de l’enceinte, il y a peu d’archères, pas d’ouvrages intermédiaires. La seule singularité réside dans la diversité de conception de chaque tour. Autrefois isolées par des fossés alimentés par les eaux de la rivière, les courtines sont maintenant réduites de hauteur, celle-ci culminant de 6 à 8 mètres. Le chemin de ronde reste encore visible en quelques endroits et il faut à nouveau répéter que nous nous trouvons devant la seule bastide ayant conservé pratiquement intacte l’ensemble de ses remparts, même si, en de nombreux endroits, à l’est comme au sud, les habitations ont absorbé et digéré la muraille tout en gardant l’alignement.
Le souci d’économie ayant présidé à l’élévation des portes et des murailles, l’une des premières conséquences sera de devoir relever la muraille du côté de la rivière par deux fois, comme cela est attesté dans des cartouches gravés 1613 et 1619.
Cet ensemble est reconnu depuis le 12.07.1886 comme Monument Historique classé par l’Etat. Il fait l’objet préalablement de relevés établis par M. BENOUVILLE ainsi que d’un projet de restauration. Mais il faut attendre 1901 pour qu’un nouveau projet soit proposé par RAPINE, architecte du Gouvernement, afin de prévoir le financement nécessaire à sa réalisation. De nombreuses péripéties, interventions et engagements financiers font traîner les travaux puisqu’en 1909 le sénateur Gaston DOUMERGUE, avant de devenir président de la République, signe un nouvel arrêté de subvention pour les travaux sur les remparts.